L'arbre aux métamorphoses ou la naissance de la cigale                cigalerose.jpg (6404 octets)

 

 Le tunnel est là , ouvert au pied de l'arbre : passage mystérieux d'une forme de vie à une autre.

         A quelques centimètres, sur le tronc, la larve lourde et maladroite commence sa pénible ascension. Son enveloppe brune adhère à sa masse souple , tel un moulage vivant et parfait de sa forme intérieure.

Elle accroche les pointes acérées de ses frêles pattes à l'écorce rugueuse du fier végétal. A deux mètres du sol, ses six appendices fourchus,  s'incrustent dans la robuste écorce; Elle s'immobilise.

                  Une longue période d'attente s'installe. Peu à peu le gant souple moulant , prend de la rigidité, comme si la vie l'abandonnait. Il devient fragile, cassant comme sclérosé : l'accouchement commence.

         Dans la partie dorsale, au thorax, une bosse prend forme, comme si la matière intérieure se déformait et se concentrait là. Une fine faille apparaît, brèche longitudinale d'un bon centimètre et qui s'élargit peu à peu : à deux millimètres d'ouverture, on devine le dos vert pâle de l'insecte.

         De fortes poussées font tressaillir l'habitacle. Déjà les gaines des pattes deviennent translucides, marquant ainsi un territoire abandonné mais gardant à jamais l'empreinte précise de la forme fine et délicate des organes ambulatoires de la nymphe. Dans un ultime soubresaut, le thorax et deux moignons d'ailes d'un merveilleux vert humide, se dégagent de la prison morte. 

         La pesanteur fait basculer la grosse tête aux yeux globuleux vers le sol entraînant la partie antérieure du corps et une nouvelle période d'attente s'installe. Comment va-t-elle rétablir l'équilibre ? Dans un dernier effort la cigale fait un redressement fulgurant et dégage son abdomen  de la chrysalide.

         Dans sa beauté printanière, aux couleurs de la renaissance, elle déplie lentement ses ailes au soleil comme un tissu mouillé que l'on déroule . Sa pâle voilure, veinée de fines nervures en guise d'armatures, sèche lentement. La cigale reste là, agrippée à sa coque vide  et  avec grande hésitation  engage une première tentative d'abandon en cherchant un appui de sa patte avant -droite, sur le tronc de l'arbre. Un premier pas est franchi, les cinq autres pattes suivent.

         Le vaisseau primordial est à présent abandonné  coquille désertée, brunâtre, arc-boutée , comme repliée sur elle même . Quelques fils blanchâtres et secs sont  visibles par l'échancrure ; elle a coupé ses cordons ! une nouvelle forme de vie s'installe...

         La voie est libre. L'insecte assure aux rayons chauds de l'astre du jour la solidité de ses  ailes. Obéissant alors à un programme intérieur, la cigale commence à prendre la couleur de l'arbre. Ce mimétisme sera sa sauvegarde. Déjà elle sait que des dangers la guettent dans ce nouvel espace lumineux.

         Maintenant elle est prête à tout, le temps d' un été ,  elle va s'envoler...

                                                                               copyright ©2003 / 2004 Marguerite Benedetti 

            ( Musique Felix  Mendelssohn symphonie n° 3 ; 2° mouvement )

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